Utiliser des extraits de cannabis pour arrêter de boire ? Une étude prouve leur efficacité.
L'alcoolisme est un problème social répandu. La dépendance à l'alcool et les diverses conséquences graves de l'ivresse suffisent à démontrer que l'alcool ne diffère objectivement des « drogues » que par sa définition légale. Par conséquent, le sevrage alcoolique est également un sujet important en médecine. Le cannabidiol (CBD), un extrait de… Cannabis dérivé du « médicament », aide au sevrage alcoolique ?

Le trouble lié à l'usage d'alcool (TUA) est un trouble complexe et fréquent de l'usage de substances qui englobe la dépendance et l'abus d'alcool. Environ 2,3 milliards de personnes dans le monde consomment de l'alcool, et une consommation excessive et prolongée peut entraîner diverses maladies, voire la mort. Une consommation répétée et prolongée d'alcool peut mener à la dépendance, à l'alcoolisme, à l'abus d'alcool et à d'autres manifestations, provoquant ainsi des lésions neurologiques.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a souligné dans son rapport mondial sur l’alcool et la santé (2018) que la consommation d’alcool est responsable d’environ 3 millions de décès chaque année dans le monde, soit 5,3 % de la mortalité totale, ce qui représente un lourd fardeau médical, social et économique. Par ailleurs, une enquête épidémiologique a révélé que le taux global de consommation d’alcool chez les adultes chinois était de 30,5 %, soit 53,8 % chez les hommes et 12,2 % chez les femmes. Le taux de consommation excessive d’alcool est de 14,0 % chez les hommes et de 1,1 % chez les femmes, et les taux de consommation quotidienne moyens sont respectivement de 25,7 % et 10,9 % chez les hommes et les femmes.
Sur le plan médical, on classe ces personnes souffrant de graves problèmes d'alcoolisme comme atteintes d'un trouble lié à l'usage d'alcool (TUA). Le TUA est un trouble mental chronique et récidivant (certaines recherches suggèrent qu'il s'agit d'un trouble cérébral).
Ces dernières années, le cannabidiol (CBD), un composé phytochimique non psychoactif du cannabis, a suscité un intérêt croissant pour ses bienfaits potentiels dans les troubles neuropsychiatriques. Il a été démontré que le CBD atténue les symptômes de troubles psychiatriques tels que l'anxiété et la dépression, mais ses effets sur la dépendance à l'alcool n'ont pas encore fait l'objet d'une évaluation systématique.
Récemment, une étude importante a été publiée, qui visait à évaluer les effets de l'administration aiguë de cannabidiol (CBD) sur l'envie d'alcool et les réponses d'activation cérébrale induites par l'alcool (en particulier le noyau ambigu, NAc) au moyen d'un essai contrôlé randomisé en double aveugle.
(Adresse de l'article : https://doi.org/10.1038/s41380-024-02869-y)
Cette étude était un essai contrôlé randomisé en double aveugle, mené à l'Institut central de santé mentale de Mannheim, en Allemagne. L'essai a été approuvé par le comité d'éthique local et respectait les principes de la Déclaration d'Helsinki. Des patients âgés de 18 à 60 ans présentant des troubles liés à la consommation d'alcool ont été recrutés pour l'étude et répartis aléatoirement dans le groupe CBD ou le groupe placebo.
Chaque participant a reçu du CBD par voie orale (800 mg) ou un placebo le jour du test et a subi un prélèvement sanguin, une stimulation par le stress et une tâche d'exposition à des stimuli associés à l'alcool, suivis d'une imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) 3 heures après l'administration. Le critère d'évaluation principal de l'essai était l'activation du noyau ambigu déclenchée par les stimuli associés à l'alcool, et les critères d'évaluation secondaires comprenaient le besoin impérieux d'alcool et les variations des concentrations plasmatiques de CBD.
Au total, 28 patients éligibles présentant des troubles liés à la consommation d'alcool ont participé à l'étude, dont 25 ont fourni des données d'IRMf pour l'analyse du critère d'évaluation principal. Les résultats ont montré que le groupe CBD présentait une activation significativement plus faible du noyau ambigu que le groupe placebo. Plus précisément, l'activation des noyaux ambigus gauche et droit était significativement plus faible dans le groupe CBD que dans le groupe placebo après stimulation par des stimuli associés à l'alcool (pFWE noyau ambigu gauche = 0,001, noyau ambigu droit = 0,002). De plus, le groupe CBD a présenté une amélioration significative des scores du questionnaire sur l'envie d'alcool (AUQ), notamment après une exposition combinée au stress et aux stimuli associés à l'alcool, et la variation de l'envie d'alcool dans le groupe CBD était moindre que dans le groupe placebo. Des corrélations négatives significatives ont été observées entre les concentrations plasmatiques de CBD et l'activation du noyau accumbens ainsi que les scores d'envie d'alcool, suggérant une relation dose-réponse entre les effets thérapeutiques du CBD et ses concentrations plasmatiques.
L'administration aiguë de CBD a significativement réduit l'envie d'alcool et supprimé l'activation du noyau accumbens déclenchée par les stimuli associés à l'alcool. Ce résultat confirme le potentiel du CBD dans le traitement des troubles liés à la consommation d'alcool, notamment pour moduler l'envie d'alcool par des mécanismes neuronaux. De futures études pourraient explorer plus en détail les effets à long terme du CBD et son application en pratique clinique.












